La mise en scène de Chantal Morel, minimaliste et suggestive, nous fait redécouvrir l’art de fabriquer l’illusion au théâtre.

Un art qui a considérablement évolué au fil des âges, et qui met en jeu deux principes très différents  : l’imitation et la convention. 

L’illusion par imitation,  ou le plaisir de l’image

Lorsque la scénographie se construit sur le principe de l’imitation du réel, on recourt au « décor », qui cherche à s’approcher de la réalité en la reconstituant, selon un principe figuratif.  Ce type de scénographie s’est développée en Europe au XVIIe siècle sous l’influence des architectes italiens, qui utilisent les premiers le principe de la perspective, et parviennent à imiter de façon visuellement crédible des espaces réels. 

Puis elle s’enrichit au fil du temps d’un luxe de détails, et aboutit, au début du XXe siècle, à des plateaux surencombrés, regorgeant de meubles et d’objets et entravant lesdéplacements des comédiens. Les décors comme le jeu tendent alors à se figer dans des stéréotypes. Ils offrent au spectateur le plaisir de la reconnaissance d’une réalité (spatiale et psychologique) ordinaire, mais perdent en poésie et en inventivité.

L’illusion par convention, ou la mise en jeu du spectateur

Mais comment faisait-on avant l’invention de la perspective ? La réponse est simple : en faisant travailler le spectateur.Pour figurer les espaces succesifs fréquentés par les personnages au gré de l’intrigue, les comédiens disposaient sur le plateau des « mansions » (panneaux ou constructions) qui indiquaient un lieu : le port, le temple, la maison…  La convention voulait que, lorsqu’il se plaçait devant une mansion, le personnage se trouvait dans le lieu indiqué.

L’intérêt de ce principe est qu’il met en jeu le spectateur, lequel participe à la création de l’illusion théâtrale en acceptant de considérer qu’un simple panneau de bois représente une maison ou une forêt… 

Copeau et le plateau nu

« Renoncer à l’idée de décor. Plus la scène est nue plus l’action y peut faire naître de prestiges. Plus elle est austère et rigide plus l’imagination y joue librement. C’est sur la contrainte matérielle que la liberté d’esprit prend son point d’appui. Sur cette scène aride l’acteur est chargé de tout réaliser, de tout tirer de lui-même. Le problème du comédien, du jeu, du mouvement intime à l’œuvre, de l’interprétation pure est ainsi posé dans toute son ampleur. Un tréteau nu et de vrais comédiens. »

Jacques Copeau

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s