En 1997, la romancière russe Svetlana Alexievitch ( prix Nobel de littérature en 2015) publie La Supplication. Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse : un récit construit à partir de témoignages des habitants de cette région d’Ukraine dévastée par la catastrophe nucléaire.

Extraits

«  Au début, cela semblait un jeu… Mais c’était une vraie guerre atomique… Une guerre que nous ne connaissions pas : qu’est-ce qui était dangereux et qu’est-ce qui ne l’était pas ? De quoi fallait-il avoir peur ? Persone ne le savait… C’était une véritable évacuation. Dans les gares… Comment décrirer ce qui se passait dans les gares ? Nous aidions à pousser les gosses pour les faire entrer par les fenêtres dans les compartiements des voitures. Nous faisions respecter l’ordre dans les queues, aux caisses pour les billets, dans les pharmacies pour l’iode. Dans lesfiles d’attente, les gens s’injuriaient et se battaient. Ils forçaient les portes des kiosques et des magasins où l’on vendait de l’alcool. Ils arrachaient les grilles métaliques aux fenêtres. Les personnes déplacées… On les installait dans des clubs, des écoles, des jardins d’enfants. Elles étaient à moitié affamées. L’argent était vite épuisé. »

« – C’est le bordel qui règne dans le pays. Les gens viennent ici pour fuir d’autres gens. Ils fuient le loi et ils vivent seuls. Des étrangers aux mines sévères qui ne vous saluent même pas des yeux. Ils se soûlent et mettent le feu. La nuit, nous dormons avec des fourches et des haches sous nos lits. Et, à l’entrée de la cuisine, nous gardons un marteau pour frapper les intrus. »

« – On demande à radio Erevan : « Est-ce qu’on peut manger des pommes de Tchernobyl ? » Réponse : « Bien sûr que l’on peut, mais il faut enterrer profondément les trognons. » »

«  Un groupe de scientifiques est arrivé en hélicoptère. Ils portaient des vêtements spéciaux en caoutchouc, des bottes hautes, des lunettes de protections. Comme pour un débarquement sur la Lune… Une vieille femme s’est approchée de l’un d’eux :

– Qui es-tu ?

– Un scientifique.

– Un scientifique ? Voyez comment il est affublé. Et nous alors ?

Elle l’a poursuivi avec un bâton. Je me suis dit à plusieurs reprises que l’on finirait par faire la chasse aux savants pour les noyer, comme au Moyen Âge. »

« -Tchernobyl… C’est une guerre au-dessus des guerres. L’homme ne trouve son salut nulle part. Ni sur la terre, ni dans l’eau, ni dans le ciel. »

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